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désormais rodé et a trouvé son rythme
de croisière plus rapidement que pré-
vu grâce au transfert technologique
d’autres structures similaires basées à
la Réunion, en Australie ou encore en
Nouvelle-Zélande.
P
LANTS DE
TABAC
Dans cet élevage industriel d’insectes,
tout commence à partir d’une graine.
Celle d’un plant de tabac que l’on fait
pousser. «
C’est la plante préférée des
aleurodes
», explique Bruno Gatimel,
en poussant l’une des doubles portes
d’une serre de la Biofabrique. Toutes les
parois sont équipées de moustiquaires
très fines. À l’intérieur, des rangées de
plants de tabac sont alignées et arro-
sées au goutte-à-goutte. En deux mois,
le pied de tabac compte huit larges
feuilles. Il est déclaré apte au combat
et envoyé en zone de contamination.
Dans une pièce étanche, à l’éclairage
artificiel, à la température et l’humidité
contrôlées, des millions d’aleurodes
adultes vivent leur vie d’insecte. Les
plants de tabac y sont introduits pen-
dant vingt-quatre heures, le temps pour
les ravageurs de pondre 10 000 œufs
par feuille environ. Puis les plants sont
extraits de la pièce et placés dans une
deuxième serre pendant dix jours. C’est
le temps nécessaire pour que les œufs
d’aleurodes deviennent des larves.
C’est à ce moment-là que les soldats de
la lutte biologique entrent en jeu. Les
plants de tabac sont transférés vers une
nouvelle pièce fermée. Celle-ci contient
des millions de
microguêpes, qui
viennent pondre
leurs œufs dans les
larves d’aleurodes.
«
Pour se dévelop-
per la microguêpe
va se nourrir
de la larve et la
tuer progressive-
ment
», décrit Bru-
no Gatimel. Après
sept jours de matu-
ration, les feuilles
de tabac sont détachées du pied, puis
rincées pour récolter les larves para-
sitées. Après un séchage, un tamisage
permet d’éliminer les larves non para-
sitées.
P
RÉDATEUR
Le produit final ainsi obtenu est collé
sur des cartonnettes et livré aux agricul-
teurs utilisateurs. Selon le nombre de
ravageurs présents dans ses cultures,
le professionnel accrochera une
cartonnette de 140 larves tous les neuf
ou dix-huit mètres carrés. Quelques
jours plus tard, les larves d’aleurodes
parasitées donneront naissance à des
microguêpes qui iront parasiter à leur
tour les larves
d’aleurodes, celles
présentes sur les
cultures de l’agri-
culteur et mena-
çant sa récolte.
Outre les micro-
guêpes (
Eretmo-
cerus eremicus
et
Encarsia formo-
sa
), la Biofabrique
élève
également
la
Nesidiocoris
tenuis
aussi appe-
lée punaise. Contrairement à ses deux
collègues, cet insecte n’est pas un para-
sitoïde, mais un prédateur. Il est élevé
dans des cages en moustiquaire et
nourri d’un mélange composé d’œufs de
papillon, de pollen et de larves d’aleu-
rodes. Après cinq semaines d’élevage,
le nombre de punaises est multiplié par
dix. Les insectes posés sur les feuilles
de tabac sont aspirés et conditionnés
“
L’idée est
de recréer
un équilibre
naturel qui avait
complètement
disparu
”
Les plants de tabac
sont contaminés à
raison de 10 000 œufs
d’aleurodes par feuille
en 24 heures.
REPORT
AGE
REPORT
AGE
© A-E. D.