

C A T É G O R I E I N N O V A T I O N
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DOS
SIER
DOS
SIER
L’idée lui est venue à la suite d’un
drame de chantier.
Un marteau-piqueur
qui dérape et transperce un pied. Michel
Trigalleau, 55 ans, ingénieur en génie
civil et coordonateur santé-sécurité dans
le BTP, refuse d’y voir une maladresse.
«
C’est toute laméthode du recépage des
pieux qui était à revoir.
» Le recépage
intervient après le remplissage de forages
de fondations profondes avec du béton. Les
impuretés remontent à la surface et, après
séchage, l’opération consiste à éliminer le
béton souillé sur la partie haute du pieu.
Différentes techniques sont utilisées :
de l’explosif aux agents d’expansion,
en passant par le jet sous pression ou le
marteau-piqueur. Toutes sont coûteuses
en temps, dangereuses, génèrent des
déchets… Le directeur d’Ingeconseil,
société d’ingénierie du bâtiment et de
management et ingénierie des risques qu’il
a fondée en 2013, présente aux Trophées
une alternative issue de ses propres
recherches. «
L’épuration se fait avant
le séchage, sur béton frais, à l’aide
d’une pelle creuse pour laquelle j’ai
fait une demande de brevet
», détaille
l’ancien professeur de BTS à Jules-Garnier.
Cette méthode, il l’a mise en œuvre
pour la première fois sur le chantier de
construction du Foyer de l’enfance et de
la Maison de la santé à Dumbéa-sur-Mer,
avec son prototype de « pelle à recéper ».
Résultat, un bilan que Michel Trigalleau
juge «
excellent
», selon les critères de
l’OPBTP, organisme professionnel de
prévention du BTP : sécurité de l’ouvrier,
absence de pénibilité, aucun déchet – le
béton souillé prélevé est réutilisé dans les
« fouilles » – ni bruit pour le voisinage. Et
bilan financier de l’opération : un poste de
travail annulé et «
un gain important sur
le planning d’avancement du chantier,
soit 20 à 30 % d’économie sur le lot
fondations
». De quoi convaincre que
l’analyse des risques et l’intégration de
la santé-sécurité à toutes les étapes d’un
chantier sont «
un outil fabuleux
» pour
la compétitivité.
Le pisé d’Alternative Constructions
Les fondements de la technique du
pisé sont vieux comme le monde,
mais
c’est l’avenir du bâtiment en Calédonie,
Clovis Mutin en est persuadé. Le cogérant
d’Alternative Constructions a passé près de
trois ans en Australie pour apprendre les
dernières évolutions du pisé stabilisé, ou
« béton de terre », méthode que son associé
Gaël Panier (en photo) et lui – 36 ans
chacun – sont les seuls à mettre en œuvre
sur le Caillou. Les murs qu’ils dressent sont
faits de terre crue et d’une faible dose de
ciment. «
On diminue les besoins en
béton et tous les problèmes qui vont
avec : pénuries, variations de prix,
explique Clovis Mutin
. Travailler
avec de la terre locale, c’est parfait
pour les zones isolées, et c’est tellement
plus esthétique.
» Et puis le pisé offre une
forte inertie thermique, très adaptée à
nos latitudes, et une bonne isolation
acoustique. Sa grande réalisation,
le collège de Païamboué à Koné, a
été récompensée par un Terra Award au
Congrès mondial des architectures de
terre, le 14 juillet à Lyon, quinze jours avant
son inauguration en grande pompe par la
province Nord.
L’innovation du pisé d’Alternative
Constructions réside aussi dans sa mise en
œuvre. Les deux associés ont adapté de
mini-chargeurs pour transporter la terre,
conçu une nacelle capable de la déverser
en hauteur – plus efficace que des seaux
portés à main d’homme – et modifié
des coffrages en plastique pour béton,
bien plus maniables que des planches
de bois quand il s’agit de compacter des
mètres de murs, détaille Gaël Panier. Ils
travaillent aujourd’hui à la construction
d’une maison-témoin à Baco avec la Sem
VKP. L’absence de normalisation de ce
procédé en Calédonie est encore un frein
au développement de la filière, que les deux
entrepreneurs espèrent lever, pour pouvoir
aussi s’engager dans la formation.
La pelle
d’Ingeconseil