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DOS
SIER
DOS
SIER
A
u début des années 1990,
deux employés de Ro-
zanne Passion Beauté
s’associent pour racheter
l’enseigne à leur patron.
Christine Carré, assistante de direction,
et Gérard Cros, du service informa-
tique, découvrent alors l’entreprise, de
l’autre côté de la barrière. «
Je n’ai pas
fait de grande école de commerce. Je
me suis appuyée sur ma
bonne connaissance de
l’entreprise et sur l’équipe
en place
», se souvient
Christine Carré. Mais pas-
ser de collègue à patronne
n’est pas si facile que cela…
«
Je pensais pouvoir gérer
l’entreprise comme on gère une fa-
mille. Je pensais qu’avec de la gentil-
lesse on pouvait obtenir beaucoup de
choses. Donc, je maternais beaucoup
mon équipe, j’étais très à l’écoute.
»
En 1996, l’entreprise est placée en re-
dressement judiciaire, puis déménage
dans la foulée à l’espace Ballande, rue
de l’Alma. «
Le redressement nous a
beaucoup appris car nous étions
bien encadrés. Le déménagement,
lui, nous a amené un flux important
de clients. Nous avons donc sauve-
gardé tous les emplois, mais je crou-
lais sous le travail. La parfumerie
était mon bébé, je n’arrivais pas à
déléguer.
»
E
NTREPRISE
CADENASSÉE
Au bord du burn-out, Christine Carré
voit la candidature d’une chef d’équipe
expérimentée comme une occasion
rêvée. «
Cette jeune femme arrivait
de Métropole, avec des méthodes très
rigoureuses. Elle a voulu mettre en
place des règles plus strictes alors
que j’avais toujours chouchouté mon
équipe. Le changement était trop
radical et cela a créé un conflit dans
l’entreprise.
» Au début des années
2000, Christine Carré voit son entre-
prise cadenassée par les syndicats,
la situation est très tendue. «
Soit je
vendais mon entreprise, soit je cher-
chais à comprendre la raison du
blocage.
» La patronne fait donc appel
à Maëlys Biscarlet, du cabinet conseils
Livingstone, pour se faire aider. «
Grâce
à elle, j’ai pris du recul et j’ai réalisé
que le parachutage d’une Métropo-
litaine dans mon équipe n’était pas
une bonne idée. Elle m’a ensuite coa-
chée pour mener toutes les réunions
avec les syndicats pour aboutir à des
accords sociaux. J’étais perdue et
effrayée mais il fallait bien tenir la
barre.
»
« A
SSUMER MON
RÔLE
»
De son expérience « douloureuse »,
Christine Carré estime avoir beaucoup
appris. «
J’ai mis plus de rigueur et
de méthode dans mon management.
J’ai assumé mon rôle de dirigeant
d’entreprise et trouvé ma place, tout
en conservant ma proximité avec
mon équipe. Auparavant, j’avais
beaucoup de mal à faire des re-
marques à mes employés sur la qua-
lité de leur travail. Désormais, je sais
les recevoir en entretien afin de trou-
ver une solution ensemble aux points
que je souhaite améliorer. Avant,
j’envoyais des notes de ser-
vice à tout va. Aujourd’hui,
je prends le temps d’analy-
ser plus finement les consé-
quences de mes décisions.
Tout cela n’aurait pas pu
se faire sans une remise en
question. C’est un passage
obligé.
» Christine Carré a également
promu l’une de ses salariées au poste
d’assistante de direction, en charge de
la gestion du personnel. «
Mais avant
de lui confier cette responsabilité,
j’ai demandé à Maëlys Biscarlet de
la former au management. Moi, j’ai
appris sur le terrain avec la manière
forte, je ne voulais pas reproduire les
mêmes erreurs.
» Depuis une dizaine
d’années, l’entreprise a trouvé son
rythme de croisière autant du côté du
chiffre d’affaires que du côté des em-
ployés.
L’éclosion
d’une manager
“
Je pensais pouvoir gérer
l’entreprise comme on gère
une famille.
”
C
HRISTINE
C
ARRÉ
,
GÉRANTE
DE
R
OZANNE
P
ASSION
B
EAUTÉ
© Blandine Guillet